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| Glutamate et schizophrénie |
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Le questionnement sur l’intérêt
de la transmission glutamatergique dans la schizophrénie
est venu de la démonstration des effets anti-NMDA
de drogues psychotomimétiques, la phencyclidine
(PCP ou « poudre d’ange ») et la kétamine.
Ces drogues produisent des phénomènes
cliniques similaires à ceux observés dans
la schizophrénie : délires, illusions
perceptives, mais aussi petit automatisme mental et
désorganisation de la pensé1.
La phencyclidine étant difficile d’utilisation,
c’est la kétamine qui a donné lieu
à des études systématiques. Ses
effets psychotomimétiques sont dosedépendants2
et sont associés également à des
perturbations cognitives, notamment mnésiques2,3.
L’absence d’effets similaires chez les enfants
est intéressante, puisque c’est précisément
après l’adolescence ou à l’adolescence
qu’apparaît la vulnérabilité
à la schizophrénie. |
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Plus récemment, l’équipe
de Paul Fletcher à Cambridge a développé
un paradigme expérimental nouveau, couplant la
modulation psychopharmacologique par la kétamine
et l’imagerie cérébrale fonctionnelle
par résonance magnétique (IRM fonctionnelle).
L’équipe du Professeur Fletcher a formulé
l’hypothèse d’une susceptibilité
spécifique au délire : les patients ne
parviendraient pas à corriger leurs croyances
du fait des perturbations du circuit pré-fronto-striatal
intervenant dans les erreurs de prédiction. Ces
dernières correspondent aux situations où
un stimulus vient contredire une prédiction.
Cette hypothèse résulte de résultats
convergents4, tant chez les patients que
chez des sujets sains sous kétamine. Les anomalies
observées sous faible dose de kétamine
(donc en amont des symptômes) en IRM fonctionnelle
sont ainsi associées aux phénomènes
psychotiques observés sous forte dose de kétamine5,6.
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Quels sont les liens entre ces
perturbations glutamatergiques et le système
dopaminergique classiquement impliqué dans les
états psychotiques ? La système glutamatergique
pourrait agit sur la libération de dopamine mésolimbique
en la réduisant via l’activation
des neurones inhibiteurs GABAergiques7. Une réduction
de la transmission NMDA conduirait donc à une
libération accrue de dopamine. C’est ce
qu’une étude en tomographie par émission
de positrons a pu montrer : la libération de
dopamine induite par des amphétamines est augmentée
lorsque de la kétamine est également administrée8
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Mais d’autres systèmes
pourraient également être impliqués.
Ainsi la stimulation des récepteurs sérotoninergiques
5-HT2A provoque une libération de glutamate.
Or le LSD et la mescaline, qui stimulent les récepteurs
5HT2A, sont également des drogues psychotomimétiques.
Il existe donc un paradoxe : certaines drogues (PCP,
kétamine) bloquant la stimulation glutamatergique
sont psychotomimétiques, alors que certaines
(LSD, mescaline) l’augmentant le sont également.
Il existe plusieurs moyens de sortir de ce paradoxe
: le blocage des récepteurs NMDA entraîne
une augmentation du nombre de récepteurs AMPA
et au kainate d’une part9, donc de
la transmission glutamatergique sur ces récepteurs,
et une diminution du tonus inhibiteur GABA d’autre
part, provoquant une stimulation dans certains cas.
Il est intéressant de noter que les hallucinations
sont fréquentes sous LSD mais rares sous kétamine,
alors que les symptômes de désorganisation
sont fréquents sous kétamine mais rares
sous LSD, traduisant probablement les mécanismes
d’action différents sur les différents
récepteurs glutamatergiques10. |
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Du point de vue thérapeutique,
ce paradoxe conduit à choisir l’une au
l’autre des voies, corriger une potentielle hyperactivité
glutamatergique ou au contraire une hypoactivité.
Comme l’utilisation d’un antagoniste glutamatergique
entraînerait une réduction générale
de l’activité corticale (rappelons que
la kétamine est un agent anesthésique),
il est plus commode de corriger une hypoactivité.
C’est ainsi que des agents glycinergiques ont
été utilisés, tels que la D-cyclosérine,
réduisant les symptômes négatifs11,12,13,14.
La stimulation des récepteurs métabotropes
est également une piste, ce d’autant qu’elle
corrige certains des effets cognitifs induits par la
phencyclidine15. A noter également
un profil similaire de la lamotrigine, qui réduit
la libération de glutamate et corrige partiellement
les effets de la kétamine16. |
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