Définition du stress Stress et neuroplasticité L'hippocampe Neuroplasticité et hippocampe Le cortex préfrontal Neuroplasticité et cortex préfrontal L'amygdale Neuroplasticité et amygdale Conclusion


Définition du stressDéfinition du stress

  1. Le stress correspond à toute condition qui perturbe l'homéostasie physiologique et psychologique.
  2. Le stress cible spécifiquement les aires du cerveau impliquées dans la coordination de la cognition et des émotions : l'hippocampe, le cortex préfrontal et l’amygdale. Ces aires à risque seront celles où l'on va retrouver une atrophie ou un dérèglement fonctionnel au cours du vieillissement.


Stress et neuroplasticitéStress et neuroplasticité

  1. De nombreux travaux ont montré l'existence de modifications structurales qui illustrent le concept de neuroplasticité dans différentes situations expérimentales de stress.
  2. Les modèles animaux utilisés pour reproduire ces situations de stress s'échelonnent à partir de conditionnements relativement simples (stress de contention, nage forcée) pour évoluer vers des situations de plus en plus complexes ("chronic mild stress") faisant intervenir un paramètre psychosocial ("learned helplesness" ou stress de résignation acquise).
  3. On peut aussi citer les modèles de stress prénatal ou post natal qui s'appuient sur l'hypothèse "neurodéveloppementale".
  4. Tout stress n’est pas forcément négatif. Le stress aigu a toujours été au centre de nos réactions de survie et, par extension, de nos réaction d’hypervigilance et d’excellence. En revanche, le stress chronique active au long cours le système limbique et conduit à l’épuisement de notre système de défense et de survie.
  5. Le stress joue un rôle central dans la fragilité dépressive. Chez l’animal soumis à des situations de stress chronique, les études cytologiques révèlent une régressions des arborisations dendritiques, avec une perte de connexions interneuronales et un déficit de la neurogénèse de l’hippocampe. Cette atrophie hippocampique serait liée notamment aux effets neuronaux du stress, qui induit une augmentation de la libération de glutamate et diminue l'activité du facteur de transcription CREB et du facteur neurotrophique BDNF. Cette atrophie hippocampique, comparable à celle retrouvée dans les études post mortem et dans les examens en imagerie chez des patients déprimés, s’explique aussi par la perte gliale (cf. figure) et par une atrophie neuronale, en lien avec une "neurotoxicité dépressive".


L'hippocampeL'hippocampe

Rôle de l’hippocampe

  1. L’hippocampe est la structure cérébrale dont les liens avec la symptomatologie dépressive ont été les mieux démontrés. L’hippocampe participe à des fonctions aussi essentielles à la vie relationnelle que la régulation de l’humeur, l’acquisition des connaissances et de façon plus générale, à l’adaptation d’un individu à son environnement. Chez l’homme, des dommages hippocampiques bilatéraux entraînent une amnésie antérograde, ce qui suggère l’implication de l’hippocampe dans l’acquisition de nouvelles informations. Il a une fonction spécifique à la mémoire déclarative, dans laquelle un effort conscient de souvenir est requis.


Neuroplasticité et hippocampeNeuroplasticité et hippocampe

  1. Les études d’imagerie morphologiques, montrent une diminution du volume de l’hippocampe chez les sujets déprimés et ce, indépendamment de l’âge et du sexe. De plus, la fréquence des épisodes dépressifs et la durée de l’épisode passée sans traitement antidépresseur sont inversement corrélées à la taille de l’hippocampe : plus la durée des troubles est longue, plus l’hippocampe est petit. On retrouve d’ailleurs des troubles de la mémoire narrative chez les patients déprimés, qui sont eux-mêmes corrélés à la durée totale passée en dépression objectivant de manière clinique ces altérations anatomiques. Le gyrus denté est une région hippocampique particulièrement intéressante dans les troubles thymiques. En effet, il s’agit d’une des rares zones susceptibles de synthétiser de nouveaux neurones à l’âge adulte. Or cette neurogenèse est perturbée lors d’un épisode dépressif et certains traitements antidépresseurs sont susceptibles de la restaurer. Ces données récentes donnent à l’hippocampe un rôle central dans la physiopathologie des troubles thymiques et de leur traitement.


Le cortex préfrontalLe cortex préfrontal

Rôle du cortex préfrontal

  1. A l’inverse des structures du système limbique qui dominent notre comportement lié aux émotions, le cortex préfrontal est en charge de notre capacité d’adaptation. C’est le cerveau de l’intelligence, de l’esprit d’initiative, de la prise de décision, du sang-froid. Des lésions de ces régions sont susceptibles d’induire des symptômes ressemblant à la dépression, comme la perte de flexibilité cognitive, le ralentissement psychomoteur et le manque de spontanéité, la dysphorie (inquiétude avec agitation maladive) ou l’anhédonie.


Neuroplasticité et cortex préfrontalNeuroplasticité et cortex préfrontal

  1. Les études d’imagerie cérébrale montrent une diminution de volume de la substance grise chez les sujets déprimés au sein de différentes régions cérébrales et en particulier le cortex préfrontal. De plus, on observe grâce à l’IRM fonctionnelle un hypofonctionnement au niveau préfrontal avec une diminution du flux sanguin et du métabolisme du glucose. Le cortex préfrontal n’est donc plus suffisamment actif pour contrecarrer nos réactions émotionnelles, il y a une rupture de l’équilibre avec l’amygdale hyperactivée. Les patients déprimés ne sont plus capables de faire face à leurs émotions, de prendre des décisions ou d’adapter leur comportement.


Rôle de l'amygdaleL'amygdale

Rôle de l’amygdale

  1. Structure en forme d’amande située près de l’hippocampe, l’amygdale joue un rôle essentiel dans la gestion de nos émotions et en particuliers nos réactions de peur et d’anxiété. Siège de nos émotions les plus primitives, l’amygdale reçoit des afférences directes de différentes modalités sensorielles et se projette sur de nombreuses régions cérébrales, comme l’hippocampe ou l’hypothalamus. L’action amygdalienne a donc un rôle de survie car c’est elle qui nous fait réagir en une fraction de seconde à la suite d’un stimulus menaçant. L’amygdale a également un rôle important dans la reconnaissance des émotions. Les patients victimes de lésions bilatérales de l’amygdale souffrent d’une véritable anesthésie des émotions et ne connaissent plus ni l’angoisse ni le plaisir.


Neuroplasticité et amygdaleNeuroplasticité et amygdale

  1. Le fonctionnement amygdalien est perturbé lors d’un épisode dépressif. En effet, on observe une augmentation de son volume chez des sujets pris en charge pour un premier épisode dépressif. Les études d’imagerie fonctionnelle mettent en évidence une réactivité amygdalienne plus importante chez les sujets déprimés au cours de la présentation de stimuli à forte charge émotionnelle, confirmant ainsi le rôle de cette structure dans la régulation des émotions. La perturbation du fonctionnement amygdalien est ainsi responsable des symptômes que l’on retrouve chez les patients déprimés : une agitation anxieuse, une irritabilité, une hypervigilance, des réactions de sidération fréquentes.


Conclusion

  1. Au cours d’épisodes dépressifs, on observe de nombreuses modifications structurales, fonctionnelles et même cellulaires au niveau des structures impliquées dans la gestion de l’humeur et des émotions : l’hippocampe, l’amygdale et le cortex préfrontal. Parmi ces modifications, il a été retrouvé notamment une diminution du volume hippocampique et une diminution de l’activité du cortex préfrontal associées à une raréfaction de l’arborisation dendritiques et des connexions interneuronales. Les travaux de Sheline ont d’ailleurs montré une corrélation entre la diminution du volume de l’hippocampe et les antécédents dépressifs, ce qui suggère que les modifications de la structure même de notre cerveau sont à l’origine de récidives dépressives.
  2. Les manifestations cliniques de ces altérations diffèrent selon la structure concernée. Les altérations hippocampiques se manifestent par des troubles de la mémoires et de la concentration, l’hyperactivation amygdalienne se traduit par une anxiété et une irritabilité et l’inhibition préfrontale entraîne un tableau clinique complexe dans lequel les patients sont ralentis, manquent de motivation et d’initiative.
  3. Ces données montrent bien le caractère neurotoxique de la dépression et l’importance de prendre en charge en profondeur cette maladie pour obtenir une meilleure qualité de rémission.
  4. Une prise en charge neuroprotectrice et neuroréparatrice permettrait de restaurer et prévenir les dommages causés par les épisodes dépressifs, en relançant une neurogénèse fonctionnelle, en stimulant l’arborisation dendritique et en restaurant les connexions synaptiques. La reconstitution d’un réseau neuronal efficace pourrait réduire la vulnérabilité des patients déprimés et ainsi prévenir activement la survenue de récidives dépressives.